Le nom du vent

nouvautes0(Chronique du tueur de roi – Première journée)

Patrick Rothfuss – traduit de l’américain par Colette Carrière

Editions Bragelonne – 782 pages

 

roman, Mondes Imaginaires, J’ai libéré des princesses retenues dans les tumulus des rois. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai passé une nuit en compagnie de Felurian et m’en suis sorti la vie sauve et en possession de tous mes esprits. J’ai été chassé de l’Université à un âge où la plupart n’y sont pas encore admis. J’ai suivi des pistes au clair de lune que personne n’oserait même évoquer en plein jour. J’ai conversé avec des dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui tirent des larmes aux ménestrels.

Vous avez sans doute entendu parler de moi.

 

 

Dans un village perdu se trouve une auberge peu fréquentée. Kote en est le patron, effacé, peu bavard, hormis avec son aide Bast. Un jour débarque un scribe, Chroniqueur, qui n’en démord pas : Kote est le légendaire Kvothe, plus grand arcaniste (magicien) des quatre coins de la civilisation, musicien émérite, et surtout assassin de rois, sur qui tournent autant de fables invérifiables que de demi-vérités.  De mauvaise grâce, Kote accepte de lui raconter l’histoire de sa vie, à condition que le scribe lui consacre trois jours.

Ce premier tome est donc la première journée de ce récit, le premier tiers de la vie de Kvothe : son enfance dans une troupe d’Edema Ruh, comédiens itinérants où il apprendra l’art du luth, de la mise en scène, et des légendes anciennes ; sa rencontre avec un arcaniste qui lui apprendra les rudiments de son art et lui parlera de la célèbre Université de magie ; le meurtre de ses parents par des créatures qui pourraient être les légendaires chandrians dont le pays entier redoutent les méfaits ; les trois ans de vie miséreuses à mendier, voler et tenter de survivre dans une ville sans merci avant de rentrer enfin dans l’école de ses rêves, où, même là, des dangers se tapissent au quotidien…

 

Encore un exemple de livres dont on me bassine depuis sa sortie, il y a trois ans : « Quoi, tu l’as pas encore lu ? Mais qu’est-ce que t’attends ? Tu vas adorer, enfin ! T’es à la traîne ! » D’ordinaire, à la fin d’une telle lecture, je battrais ma coulpe plus que de raison en hurlant « Vous aviez raisooooooooon ! ». Mais là, je me contenterai de ricaner narquoisement. « Oui, certes, j’ai beaucoup traîné… Mais moi (lire moooooâââââh), je l’ai lu deux semaines seulement avant la sortie en France du tome 2 ! Alors que vous, ça fait trois ans que vous pleurez pour avoir enfin la suite de ce roman extraordinaire ! » Comme quoi, de temps en temps, il fait bon être un lambin, non mais…

Extraordinaire, oui, oui, je l’écris ouvertement ! Lu d’un coup (avec une pause de six heures pour dormir, tout de même), j’ai été littéralement happé par chaque page de cette « Chronique du tueur de roi ». Les épisodes s’enchaînent mais ne se ressemblent pas, et pourtant, chacun semble plus intéressant que le précédent. Dès les premières pages, l’écriture, ample et parfaite, vous tient prisonnier. Le personnage, dont on nous annonce par allusions de terribles méfaits, nous est chaque page plus sympathique, et c’est avec angoisse qu’on se demande constamment ce qui a pu bien clocher dans son parcours. Et quand je dis le personnage, je devrais dire les personnages, car chacun contient sa part d’ombre et son lot de questions. 

 

Enfance de saltimbanque, adolescence à la Oliver Twist, découverte d’une magie plus scientifique que Potterienne, premiers ennemis, présages de l’amour… Tous les ingrédients sont là, et on se demande déjà quels seront les éléments des deux « journées » de récit à venir. Maintes pistes sont déjà en place pour nous promettre maintes intrigues principales et secondaires…

 

Le récit de Kvothe suffirait amplement à trois livres, mais on ne se cantonne pas aux souvenirs de l’aubergiste. En effet, des monstres peu ragoutants arrivent près du village dès le début du livre, dont Kvothe se doute qu’ils sont là pour lui. Avant même d’en savoir quoi que ce soit, on devine donc que son passé à  encore des répercussions qu’il nous sera donné d’affronter en même temps que lui, superposant passé et présent.

 

Si ce livre appartient à un genre, c’est sans doute aucun à celui de la fantasy, bien loin pourtant du Seigneur des anneaux de Tolkien… Une excellente porte d’entrée dans le genre pour tous ceux qui redoutent une lecture pleine de nains et de hobbits, et qui donnera l’impression à ceux qui connaissent ces univers de découvrir une plume et un univers neufs, loin de tous ceux qu’ils ont eu à se mettre récemment sous la dent…

 

Un roman vraiment bluffant, dont il me tarde d’avoir la suite à lire (la deuxième journée de récit sera divisée en deux livres, qui sortiront à six mois d’écart).

 

Pour qui :

Comme dit précédemment, pour les fans de fantasy (et les non-initiés curieux…)

Pour ceux qui aiment les romans-fleuves, amples et majestueux, qui vous entraînent et vous bouffent la journée.

Pour les amateurs de contes et légendes, qui émaillent ce récit et sont autant de morceaux de bravoure dans un roman déjà ambitieux…

 

Bonnes lectures à tous

 

Yvain

 

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